Un exemplaire exceptionnel des Reports of medical cases de Richard Bright (1789-1858)

Richard Bright, parmi de nombreuses autres contributions à la médecine et à la science, est célèbre pour ses travaux sur la pathologie du rein.

Portrait de Richard Bright (1789–1858). In: Thomas Joseph Pettigrew, Medical Portrait Gallery vol. 2 (1838) [Source: Wikimedia]
Célèbre ? Il a été à vrai dire plutôt dédaigné par l’histoire de la médecine en langue française.

L’importance de Bright fut pourtant très grande, et reconnue par ses contemporains, notamment français. Un compte rendu détaillé des “recherches sur l’hydropisie dépendant d’un état morbide des reins” (sur le premier volume des Reports of medical cases, 1827) paraît en 1830 dans les Archives générales de médecine. L’œuvre de Bright est abondamment discutée par Pierre François Olive Rayer (1793-1867) dans son important Traité des maladies des reins (1839-1841), et c’est à partir de 1831 que le même Rayer a travaillé sur ce sujet ou qu’il a fait travailler ses élèves de la Pitié. Toute l’œuvre de Bright fit à sa mort l’objet d’un long article d’Ernest Charles Lasègue (1816-1883) : Richard Bright, sa vie et ses œuvres. In : Archives générales de médecine, 1859, p. 257-274. “C’est un devoir pour la presse médicale, y écrivait-il en introduction, de rendre un dernier hommage à un médecin si justement illustre, et dont le nom restera éternellement attaché à une des plus grandes découvertes pathologiques de notre temps”. Cet article de Lasègue est à ma connaissance le plus long travail en français consacré à Bright.

Lasègue, en parlant d’éternité, pensait sans doute à l’entité nosologique qui fut connue sous le nom de “maladie de Bright” : une affection ou un ensemble d’affections des reins, qui s’accompagne d’hydropisie, et d’albumine dans les urines. Il n’est pas sans intérêt de noter que c’est sans doute Rayer qui a créé ce nom : l’expression est en tout cas présente en français au plus tard à partir de 1834, avant ses traductions anglaise, Bright’s disease   et latine, morbus Brightii). Quoi qu’il en soit, l’éternité attachée à l’éponyme aura été beaucoup plus courte que ne l’escomptaient sans doute Lasègue et ses contemporains : au plus tard dans les années 1870, l’unité nosologique est vigoureusement contestée, et le terme est de moins en moins utilisé jusqu’à n’avoir plus guère que des emplois historiques à partir du premier quart du XXe siècle.

Après Lasègue, on n’a me semble-t-il plus publié grand-chose en français à propos de Bright [1].

Or, la modeste renommée de Bright en langue française contraste avec sa célébrité en langue anglaise. Une recherche sommaire dans PubMed renvoie 76 articles de nature biographique  entre 1950 et aujourd’hui. Il est placé très haut dans le panthéon des grands médecins, souvent aux côtés de Laennec. Voici par exemple le jugement que porte son biographe du Dictionary of National biography: “Next to Laennec discoveries in chest dieseases, this of Bright’s is perhaps the most important special discovery made in medicine in the first half of the nineteenth century.” (J.F. Payne. Notice rédigée en 1886 [2]).

Ce n’est pas ou pas seulement l’esprit de clocher qui fait que les Anglo-saxons classent Bright si haut. En effet la contribution de Bright va au-delà de la seule identification d’une relation brillamment établie entre des symptômes et une lésion. Sa méthode est originale et est importante dans l’histoire de la médecine : car pour la première fois, la chimie s’impose dans le processus diagnostique [3]. Bright affirme que l’anomalie du rein, que l’autopsie seule permet de voir, est certaine lorsque coïncident l’hydropisie et la présence d’albumine dans les urines. L’épreuve “de laboratoire” est d’ailleurs sommaire : c’est en chauffant l’urine dans une cuiller, à la flamme d’une bougie, que l’albumine est mise en évidence par coagulation.

Pourquoi évoquer Bright aujourd’hui sur notre site et souligner, de façon sûrement sommaire, son importance ? Parce que nous avons fait restaurer tout récemment un exemplaire de son ouvrage le plus connu, les Reports of medical cases (1827-1831), qui est aussi un livre somptueux ; et parce que cet exemplaire est exceptionnel.

Bright’s Medical Cases. Plates, vol. 1. BIU Santé Pôle médecine, cote 671

Les Reports of medical cases: selected with a view of illustrating the symptoms and cure of diseases by a reference to morbid anatomy, dans notre exemplaire, sont constitués de quatre volumes, reliés de façon homogène à l’époque : deux volumes de texte, de format in-quarto, et deux très grands portefeuilles correspondant aux volumes de texte.

Les atlas comportent 54 planches remarquables, dues au peintre Frederick Richard Say [4] et pour la plupart gravées par son père William Say. 47 d’entre elles sont finement coloriées à la main.  Le premier volume est consacré à des cas divers, en commençant par la pathologie rénale. Le second est entièrement consacré à la pathologie neurologique. Cet ouvrage est très peu courant [5], et précieux en lui-même par sa valeur scientifique et bibliophilique comme par sa rareté relative [6] ; cela aurait suffi à justifier que la bibliothèque le fasse soigneusement restaurer.

Bright’s Medical Cases. Plates, vol. 1, pl. 3. Kidney in dropsy.
Bright’s Medical Cases. Plates, vol. 2, pl. 7. Fungoid tumor in the brain

Mais ce n’est pas tout. On le trouve en général constitués de 3 volumes in-quarto, et non pas avec des atlas in-folio séparés comme dans l’exemplaire qui porte la cote 671. Dans cet exemplaire, les planches ont été collées au centre de très grands bristols, et la description des pièces anatomiques a été collée au dos. L’effet est assez luxueux. Il évoque bien d’autres publications de l’histoire de l’anatomie, dont le format s’explique au moins autant par la volonté de l’auteur de “faire grand” que par un besoin scientifique.

Or, c’est l’auteur lui-même qui a fait réaliser cette présentation exceptionnelle : l’exemplaire de la bibliothèque est un envoi de Bright, dédicacé de sa main à l’École de médecine de Paris. Disons-le autrement : l’exemplaire 671 est l’hommage d’un des grands auteurs de l’anatomie pathologique à l’école qui, à cette date, était le centre international de ce courant de la médecine. C’est, apparemment, ce qui explique la présentation somptueuse de cet exemplaire.

Bright’s Medical Cases. Dédicace de l’auteur à la bibliothèque de l’École de médecine. (Texte, vol. 1. Cote BIU Santé Pôle médecine: 8186)

Existe-t-il d’autres exemplaires ayant la même présentation ? Si c’est le cas, nous souhaiterions vivement le savoir.

Jean-François Vincent
Service d’histoire de la santé
26 novembre 2017

 

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Références:

Grolier, One hundred books famous in medicine 60a; Notable medical books from the Lilly library Indiana University 183; Norman 341 ; Garrison-Morton 2285 & 4206 ; Heirs of Hippocrates 1451

Notes

[1] Il est cependant plus que mentionné dans l’histoire de l’urologie  de Desnos (1914), et dans l’Histoire de la médecine de Bariety et Coury (1963). D’autre part il se peut que la brève recherche effectuée pour ce billet ait laissé échapper des références.

[2] Pour une biographie plus récente, voir: Bynum, William F. et Bynum, Helen (dir.). Dictionary of medical biography. Westport : Greenwood Press, 2007, 5 vol. – Vol. 1, p. 259-261. (Cote BIU Santé Médecine : 270865 / Biographies générales 167 HM)

[3] Voir Loris Premuda. La naissance des spécialités, IN Histoire de la pensée médicale en Occident (dir. M. D. Grmek). Paris, 1999, p. 253-269. Premuda n’est pas le seul auteur de l’Histoire de la pensée médicale en Occident à mentionner l’importance de Bright.

[4] C’est également à F. R. Say qu’on doit le portrait de Richard Bright souvent reproduit, qui se trouve au Royal College of Physicians à Londres, et qui  a été gravé dans les Medical Portrait Gallery de Pettigrew.

[5] Il y aurait eu 242 exemplaires du premier volume, et 171 exemplaires du second.

[6] Quatre autres exemplaires sont signalés dans le Catalogue collectif de France : à Strasbourg, un exemplaire complet en trois volumes;  à la BIU Santé, un second exemplaire du volume de 1827 (cote: 6452) ; ce volume de 1827 se trouve aussi à la bibliothèque de l’Académie de médecine et à la BU de médecine de Rouen.

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