Don Flandrin : la correspondance d’un étudiant en pharmacie au milieu du XIXe siècle

Autoportrait au fusain de Joseph III Flandrin, 1874

La BIU Santé a récemment accueilli dans ses collections un fonds d’archives retraçant le parcours professionnel, politique et familial de Joseph III Flandrin (1837-1903), pharmacien originaire de Grenoble. Cet ensemble d’archives a été donné à la bibliothèque par l’un de ses descendants, Georges Flandrin, médecin et hématologue ayant effectué sa carrière aux hôpitaux Saint-Louis et Necker à Paris. Il documente plus particulièrement la période étudiante de la vie de Joseph Flandrin et la correspondance que celui-ci entretenait avec son père, percepteur et botaniste.

Joseph Flandrin appartient à une famille grenobloise composée d’artistes et de médecins. Il s’oriente vers des études de pharmacie qu’il effectue à l’École supérieure de pharmacie de Paris de 1860 à 1864, Il effectue son internat à l’hôpital Lariboisière puis à l’Hôtel-Dieu, avant de retourner dans sa région d’origine pour exercer en officine. A partir des années 1870, il s’engage dans plusieurs sociétés de secours mutuel et participe à diverses  commissions municipales portant notamment sur des questions de santé publique, telles que le travail des enfants.

Groupe d’internes en pharmacie de l’hôpital Lariboisière, 1863

Le fonds d’archives se compose majoritairement de lettres échangées entre Joseph et son père durant ses années d’études à Paris de 1861 à 1864. La fréquence et le contenu de ces lettres témoignent de l’étroite relation qui existait entre les deux correspondants. Les fondements de cette relation sont non seulement familiaux mais également intellectuels et économiques : Joseph est dépendant financièrement de sa famille. S’il reçoit plus de lettres de son père qu’il ne lui en envoie, il se montre néanmoins fort loquace dans ses écrits : il aborde le contenu académique de sa formation, les multiples événements qui ponctuent sa scolarité, comme par exemple la visite d’une délégation étrangère. Il n’omet pas non plus des questions plus triviales, telles que l’argent dont il a besoin pour faire retoucher son costume. Ses lettres fourmillent de détails et anecdotes et constitue ainsi une véritable chronique de la vie d’un étudiant parisien au milieu du XIXe siècle.

Joseph Flandrin par Auguste Mollard

Les correspondants de Joseph Flandrin se diversifient avec le temps. Il commence ainsi à échanger à partir de 1863 avec Adèle Ricard, mère de sa future épouse et fille d’un pharmacien d’officine à Grenoble. Le fonds d’archives documente également ses jeunes années au collège du Pont de Beauvoisin puis au lycée de Grenoble, ainsi que la période plus tardive de sa vie, évoquant ses multiples engagements politiques et scientifiques. Une photographie des internes en pharmacie de l’hôpital Lariboisière en 1863 ainsi qu’un autoportrait au fusain complètent et illustrent ces archives familiales.

Le fonds Georges Flandrin est actuellement en cours d’inventaire et de numérisation à la BIU Santé. Un mémoire d’étude en histoire de la pharmacie exploitant ces sources inédites est également en cours de rédaction. Pour toute question relative aux conditions d’accès à ce fonds, vous pouvez écrire à info-hist@biusante.parisdescartes.fr.

Nous profitons de cette publication pour remercier à nouveau Monsieur Georges Flandrin ainsi que son épouse pour leur don à la BIU Santé, pour l’accueil qu’ils nous ont réservé et pour toutes les informations relatives à l’histoire de leur famille et de leur collection qu’ils nous ont communiquées.

Pour en savoir plus sur la famille Flandrin :

  • Senot-Tercinet, Marie-Amélie. Jules Flandrin : examen sensible : œuvres de 1889-1914. [Exposition. Grenoble. Musée de l’ancien évêché. 2008-2009]. Lyon, Libel, 2008. Disponible sur Issuu : https://issuu.com/libel/docs/flandrin_issuu (consulté le 2 mai 2018).

Catherine Blum

Mathurin Méheut (1882-1958), observateur de la nature

Le Pôle pharmacie de la BIU Santé vous fait découvrir en cette veille de printemps deux très beaux ouvrages illustrés par Mathurin Méheut (1882-1958), artiste peintre originaire de Lamballe en Bretagne : Étude de la mer, faune et flore de la Manche et de l’océan, paru chez Lévy en 1914, et La Plante exotique, paru chez Massin et Cie en 1931. Ces ouvrages sont exposés à l’entrée de la salle Dorveaux jusqu’au vendredi 11 mai 2018.

Diplômé de l’École des Beaux-Arts de Rennes, Mathurin Méheut se distingue très tôt par un regard aiguisé et un talent d’observation quasi-ethnographique de son environnement, qu’il s’agisse des ports de pêche de sa Bretagne natale, des conditions de vie dans les tranchées durant la Grande Guerre ou bien de la faune et de la flore qu’il a l’occasion d’explorer à l’occasion de ses différents voyages et missions. C’est à ce dernier volet de son œuvre que se consacre notre exposition.

Mathurin Méheut à Roscoff
Source : http://www.musee-meheut.fr

Lorsqu’il publie Étude de la mer : faune et flore de la Manche et de l’océan, en 1914, Mathurin Méheut vient de passer deux années dans la Station de biologie marine de Roscoff dans le Finistère, dédiées à l’observation des fonds marins dans un contexte scientifique. Cet ouvrage en deux tomes publié sous la direction du peintre décorateur Maurice Pillard-Verneuil (1869-1942) le rend célèbre. Il décroche un an plus tard la bourse Autour du monde financée par la fondation Albert Kahn et part pour Hawaï et le Japon avant d’être mobilisé pendant la Grande Guerre où il devient peintre aux armées.

Près de vingt ans après la publication de son Étude de la mer, Mathurin Méheut poursuit son œuvre naturaliste avec la publication en 1931 de La Plante exotique, un portefeuille de 24 planches gravées en héliochromie consacré aux plantes exotiques issues de divers endroits du globe : Hawaï, Mexique, Afrique du Sud…

Pour en savoir plus sur Mathurin Méheut, découvrez le site Internet du Musée qui lui est consacré à Lamballe (réouverture le 7 avril 2018).
En 2010, le musée a organisé une exposition intitulée «Méheut, le monde de la nature» dans le cadre de l’année de la biodiversité.

Catherine Blum, sur une idée de Jean-Luc Spagnol

Mathurin Méheut (1882-1958), observateur de la nature
Debut: 03/05/2018
Fin: 05/11/2018
4 avenue de l'Observatoire
Paris
75006

 

 

Les collections patrimoniales du pôle Pharmacie : sélection de nouveautés

Recueil de remèdes et recettes en français et en espagnol, fin XVIIIe-début XIXe s.

Le pôle Pharmacie de la BIU Santé vous présente une sélection de documents récemment entrés dans ses collections patrimoniales en salle de lecture Dorveaux jusqu’au vendredi 2 mars 2018. Manuscrits, brochures et objets datant du XVIe au XXe siècle viennent enrichir les collections patrimoniales de la bibliothèque, héritière de la bibliothèque de la communauté des apothicaires de Paris puis du Collège de pharmacie sous l’Ancien Régime.

Pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer jusqu’à la Faculté de pharmacie de Paris, la plupart des documents libres de droits entrant dans les collections patrimoniales sont numérisés et visibles dans la bibliothèque numérique Medic@ ou dans la Banque d’images et de portraits de la BIU Santé. La sélection ci-après témoigne de la grande variété documentaire de nos collections patrimoniales, que ce soit en termes de support, date de publication ou contenu :

  • Fermentation pour les tumeurs exémateuses, pierre vulnéraire

    Recueil de remèdes et recettes en français et en espagnol, fin XVIIIe-début XIXe s.
    Manuscrit contenant de nombreuses recettes de remèdes contre divers maux, vérole, fièvre quarte, dysenterie, gale… Reliure en parchemin
    Cote : MS 224
    Numérisé dans Medic@

Les recueils de remèdes manuscrits sont une source utile pour connaître l’histoire des pratiques thérapeutiques, et plus particulièrement de la médecine populaire. Les rédacteurs de ces recueils y consignaient les remèdes réputés soigner les maladies les plus fréquemment rencontrées à une époque et dans un lieu donnés. Les recettes, parfois assez hétéroclites (incluant notamment le nettoyage des métaux, du cuir, la cuisine…), proviennent de livres imprimés ou sont issues de la tradition orale.
Découvrez d’autres documents consacrés aux remèdes dans Medic@.

La BIU Santé possède un ensemble composé d’une soixantaine de boîtes de tisanes et documents d’accompagnement (publicités, lettres, brochures). Ces objets et documents témoignent de la production, de la vente et de la consommation de tisanes et boissons à base de plantes à visée thérapeutique ou de bien-être dans la première moitié du XXe siècle.
Plus de détails sur cette collection dans ce billet de blog.

  • Le guide vacances des Laboratoires Sandoz
    Laboratoires Sandoz. Guide vacances
    [Paris], Édition Publicité Parisienne Prenant, [1965]
    Cote : RES 69324

Cette brochure atteste de l’inventivité des Laboratoires Sandoz en matière de publicité et de communication d’entreprise. Elle s’insère parfaitement dans le contexte économique et culturel des Trente Glorieuses, qui permet aux Français les plus aventureux de voyager à l’étranger. Les laboratoires Sandoz ont tout prévu, et vous proposent des médicaments en adéquation avec le pays visité et les maladies que vous êtes susceptibles d’y attraper.
Le pôle Pharmacie possède une collection de plus de 4 500 brochures de laboratoires, présentée dans ce billet de blog.

  • Facture de la pharmacie Cadet pour Monsieur le Baron Danger, XIXe s.
    [Facture à l’en-tête] Cadet, pharmacien, rue Saint-Honoré, n°108, vis-à-vis l’Hôtel d’Aligre, ci-devant au coin de la rue de l’Arbre-Sec.
    [Paris], [Vers 1820]
    Cote : MS 223
    Numérisé dans Medic@

Il s’agit d’une importante facture manuscrite détaillant une cinquantaine de produits vendus à «Monsieur le Baron Danger» au cours des dix premiers mois de 1825 : éther acétique, rouleau de sirop de gomme, sirop d’écorces d’oranges amères, feuilles de mélisse, farine de lin, huile de ricin, emplâtre vésicatoire au camphre, lait d’amandes, laudanum, baume du Pérou, parfum de Russie, seringue à injection, etc.
L’officine appartient à la célèbre famille de médecins et pharmaciens Cadet de Gassicourt.
Pour en savoir plus sur cette illustre famille, consultez notre base biographique.

  • Ordonnancier de la pharmacie Lhopitallier
    Page de la libération de Paris, août 1944 : «Libération de Paris. Glaces brisées»
    Cote : MS 210-16

Les collections d’ordonnanciers apportent un témoignage rare et précieux de l’activité officinale aux XIXe et XXe siècles, qu’il s’agisse des pratiques médicales et pharmaceutiques, de l’évolution des épidémies ou encore du prix des médicaments. La pharmacie Lhopitallier, dont la façade est encore visible aujourd’hui rue Soufflot dans le 5e arrondissement, subit quelques dégâts durant la libération de Paris, visibles sur les pages tâchées d’encre de son ordonnancier datant d’août 1944.
Une thèse d’exercice de pharmacie consacrée à l’histoire de cette officine est disponible sur la page Asclépiades de notre site : Maisonnier, Clotilde. De la pharmacie Lhopitallier au Musée Carnavalet. Thèse pour l’obtention du Diplôme d’État de Docteur en pharmacie. Paris Sud, 2013.
De nombreux articles consacrés aux ordonnanciers sont publiés dans la Revue d’histoire de la pharmacie, notamment « Ordonnancier et préparations magistrales de 1906 à 1960 », par Jean-Marc Aiache, Marie-Dominique Dussaud et Simone Aiache (n°261, 1984. pp. 151-157).

Ces acquisitions sont à la disposition des chercheurs et étudiants en histoire de la pharmacie, de la chimie ou de la cosmétologie souhaitant enrichir leur corpus d’étude ou à la recherche de sources pouvant faire l’objet d’un mémoire d’étude voire d’une thèse. N’hésitez pas à contacter la bibliothèque pour en savoir plus et découvrir nos collections patrimoniales.

Catherine Blum

Les collections patrimoniales du pôle Pharmacie : sélection de nouveautés
Debut: 08/01/2018
Fin: 02/03/2018
4 avenue de l'Observatoire
Paris
75006

Participez à un concours de dessins

À l’occasion de la Journée des maladies rares le 28 février 2018, le réseau Génodermatoses de la fondation René-Touraine, fondation de recherche en dermatologie, organise un concours de dessins sur le thème «Souriez et restez naturels».

Le Réseau «Génodermatoses et maladies rares de la peau» de la Fondation René-Touraine organise depuis 2015 un concours de dessins pour sensibiliser le grand public aux maladies rares de la peau. Des écoles, des centres de loisirs, des hôpitaux de plusieurs pays participent à cet événement organisé à l’occasion de la Journée des maladies rares.

Le thème 2018 SKIN est “Smile & Keep It Natural” – “souriez et restez naturels” : l’idée étant de montrer notre diversité et notre complémentarité. Cette année, le concours s’ouvre aussi aux adultes avec des lots adaptés pour chacune des catégories d’âge : tablette, liseuse, matériel de dessin, jeux de société, jeux pour enfant, casque audio… Les trois finalistes de chaque catégorie recevront un prix et les deux premiers meilleurs dessins seront soumis au vote sur les réseaux sociaux afin de déterminer le grand gagnant !

Les génodermatoses représentent plus de 400 maladies. Très rares en Europe, elles sont plus fréquentes dans les pays de la Méditerranée et du Moyen-Orient. Handicap, espérance de vie limitée, exclusion sont autant de facteurs qui rendent les malades et leur famille extrêmement vulnérables. Depuis 2003, les partenaires du réseau “Génodermatoses et maladies rares de la peau” – équipes médicales et paramédicales, représentants de patients, autorités de santé, industries cosmétiques et pharmaceutiques – œuvrent ensemble pour mieux soigner les patients.”

Envoyez vos dessins avant le 15 février 2018 à Artcontest.frt@gmail.com. À vos crayons et tablettes !

En savoir plus

Le site officiel du concours

Exposition Champignons au pôle Pharmacie

Le jeudi 9 novembre prochain a lieu la désormais traditionnelle « Exposition Champignons » organisée par les étudiants de l’UELC « Exposition Champignons » et les mycologues du service de Pharmacognosie et Biologie Végétale de la Faculté de pharmacie de Paris. À cette occasion, le pôle Pharmacie de la BIU Santé présente une sélection d’ouvrages et objets anciens et contemporains consacrés à la mycologie en salle Dorveaux, du lundi 6 novembre au vendredi 22 décembre 2017.

Les ouvrages issus du fonds patrimonial du pôle Pharmacie de la BIU Santé vous offrent un aperçu de l’évolution de la représentation et de la classification des champignons à travers l’histoire, tandis que les ouvrages récents apportent un éclairage contemporain sur le sujet.

  • Agaric. Mattioli, Les Commentaires sur les six livres de Pedacius Dioscoride…. Lyon, 1627

    MATTIOLI, Pierandrea. Commentaires de M. P. André Matthiolus, medecin senois, sur les six livres de Pedacius Dioscoride Anazarbeen de la matiere medecinale… A Lyon, a l’Escu de Milan, par la Vefve de feu Gabriel Cotier, 1572. Cote : RES 110565

  • LETELLIER, Jean-Baptiste. Figures de champignons servant de supplément aux planches de Bulliard, peintes d’après nature et lithographiées. Paris : Meilhac, 1838. Cote : 458
  • MICHELI, Pier Antonio. Nova plantarum genera iuxta Tournefortii methodum… Florence, Typis Bernardi Paperinii, 1729. Cote : 5433
  • CLUB PHARMACEUTIQUE D’EDUCATION POUR LA SANTE. Les informations de la santé. N°67, 1983. MS 201 (3)
  • KIOSQUE EDUPHARMA. Les champignons [brochure]. Fin du XXe siècle. Cote : MS 201 (3)

Des moulages en résine de champignons (années 1960) sont également présentés à cette occasion. Ils nous ont été aimablement prêtés par François-Hugues Porée, maître de Conférences au laboratoire de Pharmacognosie.

Si les champignons ont une place de choix dans le cursus des étudiants de pharmacie (cours de mycologie des 3e année, des 5e et 6e année de la filière Officine, sorties pédagogiques en forêts avec les enseignants) et dans les collections de la bibliothèque, c’est non seulement en raison de leur intérêt pour la recherche et la pharmacognosie, mais aussi pour les propriétés toxiques de nombre d’entre eux. Les appels à la vigilance des autorités sanitaires sont d’ailleurs récurrents et abondamment relayés en cette période de l’année propice aux balades en forêt. Une augmentation des cas d’intoxication est malheureusement constatée cette année, ainsi que l’indique une publication récente du Conseil national de l’Ordre des Pharmaciens (CNOP).

En complément de la sélection d’ouvrages actuellement présentée en salle de lecture, nous vous renvoyons également à une bibliographie réalisée à l’occasion de l’exposition l’année dernière.

Enfin, pour bien faire le tri après votre cueillette, vous pouvez consulter la formation en ligne (MOOC) proposée par l’Université de Rouen et vous rendre bien sûr dans la pharmacie la plus proche de chez vous.

Catherine Blum

Exposition Champignons
Debut: 11/06/2017
Fin: 12/22/2017
4 avenue de l'Observatoire
Paris
75006

Les poisons à la Faculté de pharmacie

Si vous avez raté les Journées du patrimoine organisées à la Faculté de pharmacie de Paris le 16 septembre dernier, le pôle Pharmacie de la BIU Santé vous donne une chance de vous rattraper ce mois-ci avec une sélection d’ouvrages anciens illustrant l’histoire des poisons présentés en salle Dorveaux jusqu’au 3 novembre 2017. Une sélection d’ouvrages contemporains empruntables en salle de lecture complète cette présentation. Vous pouvez également poursuivre vos pérégrinations dans notre Banque d’images et de portraits et dans la bibliothèque numérique Medic@, sur les traces de Mathieu Orfila, père de la toxicologie moderne, ou en parcourant les planches de nos flores médicales et herbiers.

Gautier d’Agoty. Planche représentant la jusquiame noire

Catherine Blum

Les poisons, arme du crime et remède
Debut: 09/01/2017
Fin: 11/03/2017
4 avenue de l'Observatoire
Paris
75006
FR

Journées du patrimoine 2017 : les poisons, arme du crime et remède

À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, la Faculté de pharmacie de Paris vous ouvre ses portes le samedi 16 septembre prochain. Au programme et au choix : visite de la salle des Actes et de la Galerie des pots, visite du Jardin botanique et visite du Musée François Tillequin, où sont conservées les collections de matière médicale de la Faculté. Au cours de cette visite vous seront présentées les collections patrimoniales du Musée et de la Bibliothèque du Pôle pharmacie de la BIU Santé consacrées au thème des poisons.

 

Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ; seule la dose détermine ce qui n’est pas un poison.

Paracelse (1493-1541), médecin et philosophe suisse. Sieben defensiones. Bâle : Samuel Apiarius, 1574.

Si le Dictionnaire usuel des sciences médicales annonce d’emblée en 1885 qu’« une définition précise de ce mot est impossible », c’est bien que l’étymologie même du mot poison renvoie à des notions apparemment antagonistes. En effet, le terme poison a un sens proche de celui de potion. Ils partagent tous deux la même origine latine, à savoir potio, qui signifie breuvage. À l’origine, sa définition est d’ailleurs similaire à celle du médicament : « elle convient à toutes les substances médicamenteuses ; venenum s’est d’ailleurs entendu, chez les Latins, du simple médicament, et, quand il a pris le nom de poison, il s’est presque toujours appliqué aux drogues dangereuses. » Le terme venenum est lui-même un équivalent latin du mot grec pharmakon, qui peut désigner à la fois le poison, drogue malfaisante, et le médicament, drogue bienfaisante. Progressivement, à partir du XIVe siècle, un glissement sémantique s’opère et c’est la première définition qui s’impose.

Charas, Moyse. Nouvelles experiences sur la vipere. Paris, l’Auteur et Olivier de Varennes, 1669

Alors que dans l’imaginaire collectif, le poison rejoint peu à peu le cabinet de l’empoisonneur, du criminel ou de la sorcière, les textes scientifiques peinent à aborder le sujet frontalement. Mettre par écrit les principes actifs et les effets sur le corps humain des substances toxiques, qu’elles soient d’origine végétale, minérale ou animale, n’est-ce pas se risquer sur le territoire de l’empoisonneur ? N’est-ce pas donner des idées aux êtres mal intentionnés ? Au contraire, selon certains scientifiques, dont le médecin et poète français Jacques Grévin, il convient de connaître les effets de ces substances toxiques pour déceler les remèdes et antidotes qui préserveront la santé du patient, « matières autant nécessaires en ce temps que les malices des hommes sont augmentées » (dédicace à la reine Élizabeth Ire d’Angleterre pour son Livre des venins, 1568). Les traités sur les poisons fleurissent dès le XIIIe siècle, tandis que les tentatives d’encadrer et réglementer la distribution des substances toxiques se succèdent au fil des époques. L’officine de l’apothicaire puis du pharmacien est un lieu sous haute surveillance : la délivrance de drogues sans ordonnance est proscrite, les substances dangereuses doivent être mises sous clef et le nom des personnes autorisées à se procurer ces substances doit être consigné dans un registre.

À travers une sélection de livres et objets datant du XVe au XXe siècle issus des collections du Musée et de la Bibliothèque, la visite vous permettra de mieux comprendre l’évolution du discours scientifique sur le poison, ainsi que sa place dans la société et dans le monde médical. En complément, une présentation d’ouvrages récents, empruntables à la bibliothèque de pharmacie, proposera une approche contemporaine du sujet.

Plus d’infos pratiques ici.

Catherine Blum

Debut: 09/16/2017 10:00 am
Fin: 09/16/2017
4 avenue de l'Observatoire
Paris
75006

Les tisanes : des « boissons innocentes » en ligne dans la Banque d’images

Tisane de santé Bernardo, dite tisane des cent vertus

La BIU Santé met en ligne dans sa Banque d’images et de portraits un corpus composé d’une soixantaine de boîtes de tisanes et documents d’accompagnement (publicités, lettres, brochures). Ces objets et documents témoignent de la production, de la vente et de la consommation de tisanes et boissons à base de plantes à visée thérapeutique ou de bien-être dans la première moitié du XXe siècle.

Un médicament ?

À l’origine, la tisane, ou ptisane, est un mot dérivé du grec qui désigne une décoction d’orge pilée bouillie dans de l’eau. Hippocrate, dans son livre Du régime dans les maladies aiguës, préconisait déjà l’usage de cette boisson pour soigner et alimenter les malades. Au XVIIIe siècle, l’Encyclopédie entend par tisane « tout liquide médicamenteux qui, contenant peu de parties actives, est destiné à former la boisson ordinaire d’un malade ». Elles constituent ainsi la base de la médecine domestique. Selon Guillaume-François Rouelle (1703-1770), maître-apothicaire à Paris et démonstrateur de chimie au Jardin du roy, « le malade en fait sa boisson ordinaire, c’est pourquoi il faut qu’elle soit agréable et qu’elle ne dégoûte point autant que la vue de la curation le permet ». Le célèbre chimiste et apothicaire Nicolas Lémery, dans sa Pharmacopée universelle publiée en 1697, disait de la tisane « quelle n’est pas si chargée en drogues, car comme elle est employée pour le boire ordinaire, on la rend le moins désagréable qu’on peut ».

Tisane feuilles d’oranger bigarade

Au XIXe siècle, les tisanes figurent en bonne place dans la Pharmacopée française, le Dorvault, ainsi que dans de nombreux formulaires et ouvrages de référence pharmaceutiques. L’édition de 1818 de la Pharmacopée française prend cependant soin de préciser que les tisanes « ne doivent leurs vertus qu’à une très petite quantité de médicaments qu’elles tiennent en dissolution » et que « ces boissons doivent être légères, et le moins désagréables possible, pour que le malade ne s’en dégoûte pas, puisqu’il est obligé d’y revenir souvent ».

Malgré toutes ces précautions d’usage, les tisanes connaissent un tel succès en France que des voix s’élèvent pour en réguler l’usage et en relativiser l’intérêt thérapeutique. Ainsi Jean Buisson, dans ses Observations sur le code pharmaceutique en 1830, indique que l’« on n’établit pas de règles assez sûres et assez précises pour la préparation de ces médicaments. Ainsi par exemple, on ne différencie presque pas les racines, les écorces et les bois qui doivent supporter l’ébullition d’avance ceux qui peuvent la supporter sans altération […]. Les doses ne sont pas assez précisées dans cet ouvrage […]. » Quelques décennies plus tard, le médecin Adolphe Burggraeve (1806-1902) s’exprime ainsi : « Quand on visite les hôpitaux on est frappé du luxe des tisaneries et des innombrables bouteilles, qui de là se répartissent dans les diverses salles, au point que chaque malade a la sienne – quelquefois deux. Les malades non alités trouvent le moyen de les vider autre part que dans leur estomac ; mais pour ceux que la fièvre tient au lit, impossible de leur échapper. »

Zoom sur les tisanes de la Banque d’images et de portraits
Thé mexicain du Dr Jawas

Les boîtes de tisanes et documents d’accompagnement numérisés et disponibles dans la Banque d’images et de portraits forment un ensemble de près de 60 pièces, datant de la première moitié du XXe siècle. On y trouve une grande variété d’informations : famille de tisane, symptômes traités, posologie, formulation, circuit de distribution, prix, timbre ou visas des organismes chargés du contrôle des médicaments, poids, date de fabrication…

Certaines de ces tisanes sont citées dans des formulaires et ouvrages de référence contemporains. Ainsi le Thé mexicain du Dr Jawas contre l’obésite figure dans le Formulaire des principales spécialités de parfumerie et de pharmacie de René Cerbelaud, pharmacien chimiste (Paris, 1905). Les tisanes Dausse sont quant à elles présentées de manière fort élogieuse dans l’édition de 1927 du Dictionnaire des spécialités pharmaceutiques, plus connu sous le nom de Dictionnaire Vidal, comme offrant « le maximum d’activité thérapeutique ». Précisons tout de même que le Vidal laissait à l’époque la description des spécialités à la discrétion du fabricant…

Tisane Sanifer

Nous retrouvons ce même vocabulaire flatteur sur les boîtes de tisanes. Vendues en officine, dans un format parfois insolite, elles se parent de mille propriétés thérapeutiques : purgatives, laxatives, anti-épileptiques, antiseptiques, calmantes, rafraîchissantes, toniques… La liste des vertus que leur bel emballage leur attribue est sans fin. On note également une attention particulière portée au soin de l’appareil digestif dans l’argumentaire commercial. Toute référence au monde clérical est un gage supplémentaire de l’efficacité et de l’authenticité de la préparation (« Thé dépuratif du frère Basile », « Tisane des Chartreux de Durbon », « Tisane de santé de Sœur Ynès », etc.). Enfin, certaines posologies laissent les patients modernes que nous sommes songeurs. Ainsi une boîte entière de tisane des Pères Augustins est « à macérer 4 jours dans un litre de bon vin blanc » tandis qu’un petit verre de cognac peut être ajouté au litre de vin blanc nécessaire à la préparation de la tisane du Curé de Deuil.

Il est ainsi possible d’extraire de ce corpus une grande quantité d’informations. Elles mériteraient très certainement une étude systématique et approfondie, qui nous renseignerait sur la place des tisanes dans l’arsenal thérapeutique du début du XXe siècle, les techniques commerciales employées par les fabricants pour vendre leur produit ainsi que sur la médecine domestique.

Catherine Blum

Inscrivez-vous au DU d’histoire de la pharmacie !

La salle des actes de la Faculté de pharmacie de Paris, vers 1904

Les inscriptions au DU d’histoire de la pharmacie proposé par l’université Paris Descartes sont ouvertes. Vous trouverez tous les détails concernant le diplôme et les modalités d’inscription ici.

Pour la deuxième année consécutive, l’université Paris Descartes propose ainsi un enseignement en histoire de la pharmacie, soit 100 heures réparties en 16 jours de décembre 2017 à juin 2018, à raison de 2 jours consécutifs par mois. Au cours de cette formation sont évoqués les thèmes principaux de la discipline, de l’histoire des apothicaires à la naissance de l’industrie pharmaceutique, en passant par le portrait de pharmaciens célèbres. Cet enseignement permet de sa familiariser avec les sources de l’histoire de la pharmacie et de découvrir des lieux emblématiques du patrimoine pharmaceutique, notamment la Salle des Actes de la faculté de pharmacie, le musée de Matière médicale François-Tillequin, sans oublier la bibliothèque de la Faculté de pharmacie.

Extrait du catalogue Ménier, 1877

Cette formation est ouverte à toute personne intéressée par l’histoire du médicament et de la pharmacie, désireuse d’effectuer des recherches dans ce domaine.

Vous pouvez adresser toutes vos questions au département Formation Continue de la Faculté de Pharmacie de Paris (par mail à formation.continue@pharmacie.parisdescartes.fr ou par téléphone au 01 53 73 99 10).

« Une histoire des parfumeurs » : conférence à l’École nationale des chartes le mardi 16 mai à 17h

Un débat autour du livre de Rosine Lheureux Une histoire des parfumeurs : France, 1850-1910 (Champ Vallon, 2016) est organisé le mardi 16 mai prochain à 17h à l’École nationale des chartes, en présence de l’auteur et de Catherine Lanoë, auteur de La poudre et le fard : une histoire des cosmétiques de la Renaissance aux Lumières (Champ Vallon, 2008). Profitez-en pour vous plonger dans la lecture de ces deux ouvrages disponibles à la BIU Santé et découvrir dans la foulée nos ressources consacrées à l’histoire de la parfumerie.

Le pôle Pharmacie de la BIU Santé (4, avenue de l’Observatoire, Paris 6e) propose de nombreuses ressources documentaires dans le domaine de la cosmétologie et de la parfumerie. Cet ensemble couvre à la fois les aspects historiques et les dernières avancées de la recherche scientifique dans ces disciplines.

Extrait de La Parfumerie moderne, 1922

La BIU Santé vous offre également un ensemble de ressources numériques au sein desquelles vous trouverez des documents relatifs à l’histoire de la parfumerie : la Banque d’images et de portraits, la bibliothèque numérique Medic@ ou encore l’exposition virtuelle Secrets de beauté réalisée avec la participation de LVMH Recherche. Dans Medic@, vous trouverez notamment la collection complète de la revue La Parfumerie moderne : revue scientifique et de défense professionnelle (1908-1956), en accès libre et gratuit, ainsi que de célèbres traités et manuels de parfumerie, via une sélection d’ouvrages consacrés à la cosmétologie.

Signalons notamment les ouvrages suivants, présentés dans la salle de lecture du pôle Pharmacie :

Extrait de La Parfumerie moderne, 1919

Sur ce blog, nous avons déjà eu l’occasion d’aborder l’histoire de la parfumerie, notamment à travers une série de billets consacrés aux huiles essentielles.

Enfin, d’autres institutions à Paris et en Île-de-France s’intéressent à l’histoire des parfums : le musée du Parfum Fragonard à Paris, ou encore l’Osmothèque, Conservatoire international des parfums, situé à Versailles, qui propose au public des conférences thématiques et des conférences olfactives à l’occasion desquelles vous pourrez découvrir une collection d’échantillons de parfums anciens unique au monde.

Catherine Blum

65, rue de Richelieu (salle Léopold-Delisle)
Paris, Île-de-France
75002
FR