Les dievx du 18e emmaillotent les enfants

Ce mois-ci les DIEVX DE LA BIV ont l’honneur de recevoir Florence Fesneau, qui achève une thèse en histoire de l’art moderne sous la direction du Pr Étienne Jollet (université Paris 1). Ses recherches portent sur Le sommeil et ses représentations : dormeurs et dormeuses au XVIIIe siècle.

Sa dernière publication, «Les secrets plaisirs de la voyeuse au temps des Lumières» est parue dans le numéro 37 de la revue Lumen. Membre actif du GRHAM, Florence Fesneau est co-organisatrice de la prochaine journée d’étude du groupe : «Le mou : saisir la mollesse de la matière au motif dans les arts visuels à l’époque moderne» qui se tiendra le 13 juin à l’INHA.

Nous la remercions chaleureusement de sa passionnante contribution.

Télécharger le calendrier de mai 2018.

Emmailloter les enfants au XVIIIe siècle

Anon., Enfant endormi dans son berceau, gravure dans Nicolas Andry de Boisregard, L’Orthopédie, ou l’Art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps, Paris, Vve Alix, 1741, face p. 258.

Le XVIIIe siècle exprime un intérêt renouvelé pour le bien-être de l’enfant[1] qui se manifeste non seulement dans la littérature de nouvelles, mais aussi dans la littérature médicale adressée à un large public, ainsi que dans les gravures d’illustration qui accompagnent ces ouvrages, dont deux sont ici prises en exemple.

En 1741 Nicolas Andry de Boisregard publie L’Orthopédie, ou l’Art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps, ouvrage dans lequel il professe cette science nouvelle dont il a créé le nom en rapprochant deux mots grecs (ortho : droit ; paido : enfant). Dans un des chapitres de ce livre, l’auteur observe «que la plupart des enfans n’ont les pieds en dedans, & d’autres difformités, que par la faute des Nourrices, qui les emmaillotent mal[2].» La gravure qui illustre le propos montre un enfant endormi tout nu, le corps libre de toute entrave avec un petit coussin à ses pieds. Il ne s’agit pas encore de proclamer la fin du maillot, mais de montrer comment les nourrices pourraient mieux emmailloter les enfants en fixant les pieds talon contre talon «par le moyen d’un petit coussinet engagé entre les deux pieds de l’enfant & figuré en forme de cœur, dont la pointe seroit mise entre les deux pieds de l’enfant, & la base entre les deux extrémités de ses pieds[3]». Le procédé permettrait ainsi de diminuer fortement le nombre «de cagneux & de cagneuses[4]». Andry reconnaît que «l’art d’emmailloter les enfants, n’est pas une petite chose[5]», mais il ne le réprouve pas, pour autant que les nourrices ne garrotent pas les enfants «comme si c’étoient des ballots qu’elles eussent à envoyer dans quelque Païs éloigné» et qu’elles les changent régulièrement de telle manière à «les tenir dans la propreté nécessaire à leur accroissement & à leur santé[6]

Nicolas de Launay d’après Hubert-François Gravelot, Frontispice dans Raulin, Joseph, De la conservation des enfants, Paris, Merlin, 1768, BIU Santé.

Le débat prend de l’ampleur quand, en 1762, Jean-Jacques Rousseau préconise dans l’Émile l’abandon du maillot au profit de langes flottants[7] . En 1768 et 1769, le médecin-accoucheur Joseph Raulin[8] fait paraître un ouvrage en deux volumes traitant De la conservation des enfants, Ou les moyens de les fortifier, de les préserver & guérir des maladies, depuis l’infant de leur existence, jusqu’à l’âge  de leur puberté. Le premier tome est orné d’un frontispice qui résume le propos, en montrant des enfants à tous les stades de leur développement sous l’œil bienveillant d’Esculape. Raulin professe une nouvelle manière d’élever les enfants et bataille pour que les nouveau-nés soient enfin débarrassés du carcan que représente le maillot disposé en bandes si serrées qu’il empêche tout mouvement et nuit à un développement harmonieux[9]. La nourrice de la gravure suit les recommandations de Raulin : elle tient dans ses bras un enfant entouré d’un simple lange flottant et le nourrisson qui se trouve à côté d’elle, dans le berceau, a les bras libres. Raulin préconise d’ailleurs une juste utilisation du berceau dans lequel l’enfant doit être à son aise sans pouvoir se blesser. Il indique que les nourrices doivent agir avec modération et savoir ne pas se montrer trop brutales dans l’usage du berceau : «il est certain que si l’on berce un enfant dès qu’il a tété, on trouble sa digestion ; si on l’agite violemment, comme l’on a coutume de le faire pour l’empêcher de crier, on s’expose à des accidents dangereux[10].» L’éventuel risque que représentent des mouvements trop brusques du berceau est résolu dans la gravure car le grand panier d’osier tressé dans lequel repose tranquillement le nourrisson est sur pieds fixes, comme le préconisait déjà Rousseau dans l’Émile[11].

Si l’iconographie se prête volontiers à la diffusion des thèmes rousseauistes[12], elle témoigne aussi de résistances qui ne seront vaincues qu’à la toute fin du siècle. Les petites filles – en particulier celle représentée de dos levant les bras vers le cerf-volant de son frère dans la gravure de Gravelot – continuent en effet de voir leurs mouvements entravés par le port du corset qui marque fortement la taille, en dépit l’opinion professée par Raulin dans son ouvrage : «On donne des corps de jupe aux enfans à l’âge de sept à huit mois ; on les avoit déjà mis à la torture par le maillot, on délivre alors les extrémités de ce supplice, pour mettre dans une plus grande contrainte, les viscères & les entrailles, & pour mutiler les os[13]

[1] Philippe ARIES, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Plon, 1960.

[2] Nicolas ANDRY DE BOISREGARD, L’Orthopédie, ou l’Art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps, Le tout par des moyens a la portée des Peres & des Mères & des personnes qui ont des enfans à élever, Paris, Vve Alix, 1741, p. 258.

[3] Id.

[4] Id.

[5] Id.

[6] Ibid. p. 259.

[7] Jean-Jacques ROUSSEAU, Œuvres, L’Émile, Paris, Werdet et Lequien, 1826, t. I, p. 58 : «Au moment que l’enfant respire en sortant de ses enveloppes, ne souffrez pas qu’on lui en donne d’autres qui le tiennent plus à l’étroit. Point de têtières, point de bandes, point de maillot ; des langes flottants et larges, qui laissent tous ses membres en liberté, et ne soient ni assez pesants pour gêner ses mouvements, ni assez chauds pour empêcher qu’il ne sente les impressions de l’air.»

[8] Joseph RAULIN (1708 – 1784) est mieux connu pour son Traité des affections vaporeuses du sexe, publié en 1758, qui marque un tournant dans l’histoire des maladies des femmes, car il est l’un des premiers à totalement adapter la théorie fibrillaire à la pathologie féminine cf. DORLIN, Elsa, La matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française, Paris, La Découverte, 2006.

[9] Joseph RAULIN, De la conservation des enfants, Ou les moyens de les fortifier, de les préserver & guérir des maladies, depuis l’infant de leur existence, jusqu’à l’âge  de leur puberté, Paris, Merlin, 1769, t. II, p. 118 – 139.

[10] Ibid., p. 133.

[11] ROUSSEAU, 1826, t. I, p. 58 : «Je dis un berceau, pour employer un mot usité faute d’autre, car d’ailleurs je suis persuadé qu’il n’est jamais nécessaire de bercer les enfants, et que cet usage leur est souvent pernicieux

[12] Anne SANCIAUD-AZANZA, «L’évolution du costume enfantin au XVIIIe siècle : un enjeu politique et social», Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 46 n°4, Octobre-Décembre 1999, p. 770 – 783.

[13] RAULIN, 1769, t. II, p. 255.

Nouvelle expo Zanzucchi : «Les Illuminures. Trace et lumière des simples»

Après avoir exposé au musée d’histoire de la médecine, l’artiste Pierre Zanzucchi est désormais l’hôte de la mairie du 17e arrondissement de Paris.

Sa nouvelle exposition s’intitule «Les Illuminures. Trace et lumière des simples». Elle se tient du 12 avril au 8 juin 2018.

Ses Illuminures furent initialement conçues pour le Hall Charles-V du Louvre, lors d’une manifestation en 2000. Quant au projet «Trace et Lumière des simples», il est issu d’un herbier du pôle Pharmacie de la BIU Santé.

Deux événements sont organisés autour de l’exposition :

  • Un concert de jazz du Classic Jam Quartet avec Olivier Defays (le mercredi 2 mai à 19h30)
  • Une lecture d’extraits d’Ulysse de James Joyce par André Marcon (le mercredi 23 mai à 20h).

En savoir plus

Le site de Pierre Zanzucchi

La page de l’exposition sur le site de la mairie du 17e arrondissement

L’exposition virtuelle, Vies d’herbier, par Pierre Zanzucchi

L’exposition Zanzucchi «Trace et Lumière des simples» au musée d’Histoire de la médecine (2017)

Debut: 04/12/2018
Fin: 06/08/2018
Mairie du 17e arrondissement, 16/20, rue des Batignolles
Paris, Île-de-France
75017
FR

En avril, danse avec les Dievx (grecs)

Φοράν παρά φοράν

Télécharger le calendrier d’avril 2018.

Plutarque a fourni une description de la danse antique, analysée par Jean Nogué dans le Bulletin de correspondance hellénique en 1937. Il évoque les positions, les mouvements et même les temps où le danseur, selon l’expression de Reinach reprise par Nogué, «tient la note».

Au XIXe siècle, Maurice Emmanuel s’intéresse à la danse antique selon une approche reconstructionniste. Il collabore alors avec Étienne-Jules Marey, et tous deux emploient la chronophotographie pour retrouver, non seulement le mouvement du corps mais aussi celui du tissu du vêtement, comme en témoigne l’image choisie pour notre calendrier d’avril. Mais Emmanuel ne s’appuie pas sur les sources littéraires, comme le texte de Plutarque, qu’il considère comme peu fiables. Il préfère les sources visuelles, quitte à en assembler plusieurs différentes. Il a également recours à la danse contemporaine, grâce à l’aide de Joseph Hansen, maître de ballets de l’Opéra de Paris, pour retrouver les gestes perdus de l’Antiquité.

Au début du XXe siècle, Georges Demenÿ reprend les études de Maurice Emmanuel et compare quant à lui les attitudes des danseurs grecs, tels qu’ils avaient été reconstitués au XIXe siècle, à des mouvements de gymnastiques.

G. Demenÿ, Mécanisme et éducation des mouvements, Paris, F. Alcan, 1904. Cote BIU Santé : 5565

À la fin des années 1960, la danse antique fait l’objet de nouvelles études de Louis Séchan et les travaux d’Emmanuel et Marey ont été analysés récemment, dans un article d’Audrey Gouy qui nous a servi de support et dans un article de Josette Ueberschlag.

Les reconstitutions du XIXe siècle sont sûrement moins les témoins de la réalité de la danse antique que de la manière dont ce siècle s’est approprié l’Antiquité. En effet, bien qu’il soit possible de reconstituer les conventions au moyen des sources, si la danse exprime les «mouvements de l’âme»[1], peut-on espérer reconstruire et comprendre, à tant de siècles de distance, «l’âme» de la Grèce antique  ?

C’est une question que nous aurions pu poser à M. Guy Cobolet, lui qui a exercé pendant six ans à l’École française d’Athènes avant de prendre la direction de la BIU Santé de 2000 à 2018. Nous souhaitons d’ailleurs lui dédier les DIEVX du mois d’avril et le remercier, personnellement, pour la confiance qu’il nous a accordée et pour son soutien dans tous nos projets, de ce simple calendrier à la journée d’étude Fecit ex natura, entre autres.

Chloé Perrot

[1] Nous empruntons ces mots à la présentation de l’exposition Corps en mouvement, qui s’est tenue au Louvre du 6 octobre 2016 au 3 juillet 2017.

En savoir plus

Les documents sur Étienne-Jules Marey à la BIU Santé

La science du mouvement et l’image du temps, 473 plaques photographiques d’Étienne-Jules Marey (exposition virtuelle BIU Santé)

 

Perturbations grève SNCF (avril-juin)

Attention, en raison de divers appels à la grève à la SNCF, l’ouverture et les services de la BIU Santé (pôles Médecine et Pharmacie) sont susceptibles d’être perturbés en avril, mai et juin 2018.

Les problèmes dans les transports risquent en effet d’avoir des incidences sur la présence des collègues chargés des ouvertures et fermetures, ainsi que sur le fonctionnement de certains services.

Nous vous tiendrons au courant au fur et à mesure des répercussions prévisibles, sur le présent blog et les réseaux sociaux.

Nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée.

[Medical Heritage Library] 13 698 documents de la BIU Santé disponibles

Le 19 janvier dernier, nous vous annoncions que la BIU Santé allait «petit à petit» compléter l’impressionnante collection de la Medical Heritage Library (si vous ne savait pas de quoi il s’agit, vous pouvez relire ce billet de blog).

[Caricature] Le Professeur John Bland-Sutton (B. Moloch) – Chanteclair
Le projet a avancé beaucoup plus vite que ce que nous avions anticipé et, deux mois plus tard, ce n’est pas sans fierté que nous vous annonçons qu’il y a très exactement 13 698 documents provenant des fonds de la bibliothèque en ligne sur Internet Archive au sein de la collection «Medical Heritage Library» ! 13 698 documents qui correspondent à la totalité des documents de la bibliothèque numérisés depuis 2001 et tombés dans le domaine public.  13 698 documents qui sont désormais consultables avec des  fonctionnalités inédites (téléchargement des images en haute définition, reconnaissance de caractères, formats d’export variés, recherche plein texte, pour en citer quelques-unes).

La rapidité avec laquelle ce versement a été fait n’aurait pas été possible sans la collaboration efficace d’Internet Archive, nous les en remercions vivement !

Nous vous souhaitons de belles découvertes dans les collections d’ici et d’ailleurs !

Ps : Vous pouvez désormais retrouver certaines de nos numérisations mises en avant via le compte Facebook de la MHL.

Perturbations le jeudi 22 mars

Attention, en raison de divers appels à la grève, l’ouverture et les services de la BIU Santé (pôles Médecine et Pharmacie) seront perturbés le jeudi 22 mars 2018.

Au pôle Médecine, la bibliothèque ouvrira normalement à 9h, mais fermera exceptionnellement à 17h (au lieu de 20h). Les services aux lecteurs (inscriptions, communication de documents...) seront également perturbés.

Au pôle Pharmacie, la bibliothèque ouvrira normalement à 9h, mais fermera exceptionnellement à 18h (au lieu de 20h).

La Salle Fialon sera fermée.

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Nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée.

Répondez à l’enquête #AccLiMed18 ! (accès à la littérature médicale)

Vous êtes étudiant en médecine ou médecin exerçant en France ? Et vous peinez parfois à accéder aux articles dont vous avez besoin ? C’est le moment de le dire en répondant à l’enquête #AccLiMed18 (Accès à la Littérature Médicale) !

Mis en place par la Fédération Francophone de Médecine Polyvalente (FFMP) avec l’aide de la BIU Santé, ce sondage très rapide se remplit en une à deux minutes (les réponses sont anonymes).

Diffusez l’information auprès de vos collègues : plus les réponses seront nombreuses et plus les résultats (qui seront rendus publics) seront significatifs.

Grâce à cet état des lieux, nous pourrons, en fonction de votre situation, tenter d’améliorer vos accès à la littérature médicale.

Merci d’avance pour le temps que vous prendrez à y répondre ! Pour participer à l’enquête, c’est ici !

Dans les mois qui viennent, plusieurs enquêtes flash du même type seront lancées sur des sujets approchants :

  • Base de données : accès et utilisation
  • Anglais : frein ou non à la recherche documentaire ?
  • Logiciel de bibliographie: connaissez-vous ? En utilisez-vous ? Voulez-vous être formé ?
  • Veille documentaire : en faites-vous une ? Qu’utilisez-vous ?

Ludovic Héry, membre de la commission recherche de la FFMP

Salle Landouzy fermée le 7/3

Attention, mercredi 7 mars 2018 la salle Landouzy (au pôle médecine-odontologie) sera fermée toute la journée.

Certaines ressources imprimées en odontologie seront donc inaccessibles ce jour-là.

La grande salle sera ouverte comme à l’accoutumée, vous pourrez donc venir travailler au 12, rue de l’École-de-Médecine.

Nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée.

Salle Landouzy

En mars, les Dievx enlèvent le haut

Avec le redoux de mars (va-t-il durer ?), les dievx de la BIV n’hésitent pas à se dévoiler davantage.

En témoigne cet éphèbe dépoitraillé (au sens propre du terme) échappé tout droit du 17e s. italien. On notera le déhanché et le couvre-chef de circonstance.

Télécharger le calendrier de mars 2018.

Cette illustration provient des Tabulae anatomicae de l’anatomiste Giulio Casserio. Avis aux Wikipédiens, ce bon docteur ne bénéficie d’aucune notice en français !

Les illustrations, souvent très expressives, sont l’œuvre de Francesco Valesio, d’après Odiardo Fialetti, peintre italien de l’école du Titien.

L’ensemble de l’ouvrage est disponible gratuitement dans notre bibliothèque numérique Medic@ (plus de 230.000 documents, 4 millions de pages numérisées).